Pour les fêtes, soyons honnêtes.

Et voila, on y est. C’est le mois de décembre. Alors comme tous les ans, la magie de noël gagne les cœurs et les culs, les sourires se font obligatoires et la joie déborde et se répand à la manière d’un cabinet de maternelle bouché en pleine épidémie de gastro. Au fond, c’est comme l’été, mais avec un parfum raclette.

Toutefois, cette année, je suis tonton et je vais bien être obligé de faire comme-ci que j’aimais ça. Alors, afin de ne pas trop user ma patience j’ai décidé de ne pas faire de billet anti-noël. Non, cette année je vais vous faire un cadeau, le plus beau des cadeaux, je vais vous offrir l’honnêteté.

Je ne vous parle pas de cette honnêteté qui fait tant défaut à nos hommes politiques et aux richissimes patrons du CAC40, les poussant, bien malgré eux, à accepter pot de vins et autres évasions fiscales bien innocentes. Non, là je vous parle de l’honnêteté intellectuelle, celle à porté de toutes les bourses et qui fait mal quand elle tape dedans. Parce que la réalité c’est que notre monde, en plus d’être moche, inégal, pollué et triste, il est malhonnête. C’est pas un reproche que je vous fais, vous l’êtes sans doute sans vous en rendre compte mais c’est un fait.

Tenez par exemple, moi je bosse dans le showbiz. Enfin je bosse… J’écris trois vannes quand mon comédien star me siffle, le reste du temps soit je me touche la nouille en jouant aux meuporg soit je fais des petits films sans grand intérêt artistique pour des entreprises. On est loin de mes espérances d’auteur… Alors vous me direz qu’il n’y a pas de sot métier (et pas sous métier… (si vous faites cette erreur allez mourir.)) et que tant que je gagne ma vie, j’ai pas de raison de baisser la tête. Et c’est vrai… en théorie. Parce que dans le showbiz faut toujours avoir l’air de bosser avec Spielberg…

« T’es sur un truc en ce moment? »

« écoute, J’A-RRETE PAS! »

« … ah ouais… moi aussi… et sur des trucs… vraiment cool quoi. »

Allons… Un peu d’honnêteté bordel. TOUT LE MONDE SAIT QUE VOUS ÉTIEZ SUR LA MÊME COMPET COCHONOU! Seulement voila, gagner sa vie ne suffit pas. Il faut avoir l’air d’intéresser les gens, se montrer séduisant… C’est pas compliqué j’ai l’impression d’être la devanture d’un Kébab, si y a personne les gens font demi tour et au final ils espèrent toujours payer moins cher. Mais moi je m’en branle de ça!Ce que je veux faire c’est raconter des histoires, par jouer au VRP à cravate.

« ouais je gagne assez pour me payer mes abonnements netflix, amazon, TESO et j’ai encore assez pour me faire un chinois chaque semaine »

Avec des phrases comme ça, ne vous étonnez pas que vous n’êtes embauchés nulle part (non sérieusement n’essayez pas, moi j’ai essayez et ça marche pas). Et c’est valable dans toutes les branches, dans tous les milieux. Il faut avoir l’air puissant, passionné et surtout débordé. La, trop laide, réalité c’est que vous n’aimez pas votre travail, que vous êtes au bout de votre vie et que s’il n’y avait pas le caillou de crack que vous fumez chaque soir, il y a longtemps que vous seriez noyés dans la Seine (ou autre chose, faites avec ce que vous avez… (ne soyez pas décevant jusque dans votre mort bordel)).

Mais c’est pas valable que dans le boulot. Tenez y à quelques semaines de ça, j’étais à un anniversaire. Je connaissais personne mais vous me connaissez je suis pas le genre begueule surtout après un verre ou deux de Cointreau. La soirée fut délicieuse et les convives charmants, il n’empêche qu’alors que je parlais avec un type tout à fait intéressant, un gugusse à moustache n’a pas pu s’empêcher d’écouter la conversation, de s’incruster et aussitôt de comparer sa bite.

Lui « moi j’ai des bitcoins. Et du ETH aussi. »

Moi « ah oui? tu finances la mafia? »

fin de discussion. Je me suis cassé.

J’ai attendu que le type avec qui je parlais, plus diplomate que moi, finisse de l’écouter étaler son purin vocal, tel un agriculteur en colère devant une préfecture, pour reprendre notre discussion. J’ai du passer pour un rustre sans doute, mais sincèrement QU’EST CE QUE J’EN AI A BRANLE DE TA VIE PUTAIN!!! Un mec très cool m’expliquait un truc très compliqué et l’autre vient jouer la mouche du coche. Au lieu de se contenter d’être le péquenaud moyen genre jaivucasurslatealorsjelefais, Monsieur joue l’expert ramène sa grande gueule pour nous montrer qu' »il pèse dans le game », comme aurait dit Karl Marx. Et au final, je serais jamais riche parce que ce type m’a dégoûté des bitcoins.

Mais ce ne sont là que des banalités, du badinage de circonstance dans une société qui ne favorise que la réussite et l’écrasement de l’autre. Ne pas s’y plier, finalement, ça ne vous expose qu’a passer pour un rustre hurluberlu, un loser patenté bref un fieffé fils de pute. Perso je l’assume et tant pis si je dois garder ma passion pour la poésie romantique secrète. Mais la réalité sinistre c’est qu’on est obligé de porter des masques même dans son cercle le plus intime.

Par exemple l’autre jour, je parlais  de ma nièce à un ami. Sans ressentir la joie d’un père (il n’y a que dans le nord qu’on puisse être père et oncle en même temps… (déso pas déso Marie-Christine, un bon mot comme ça, ça ne se rate pas) j’étais tout de même très content. Alors je racontais le peu de détails que j’avais eu à ce type, qui lui est déjà tonton depuis 2/3 fois et je me suis bien rendu compte qu’il n’en avait rien à carrer. Tu penses… Et pourtant il faisait tout pour me faire croire que ça l’intéressait. Le mieux eut été de me dire: « t’as raison d’être content maintenant, attend Noel dans 3/4 ans ça sera autre chose ».

Mais vous imaginez dire ça à vos amis? Leur dire la vérité? « Tiens au fait tu sais que t’as l’air d’un con quand tu penses imiter Chirac en faisant « crac crac maire de paris crac crac » « … Alors que pourtant ça serait le plus beau des cadeaux, vous sauvez la dignité d’un ami, presque un frère tout en gagnant en tranquillité (Blague à part un jour je dis a quelqu’un dont je terrais le nom « ça va, j’ai l’air costaud quand même » et la personne m’a répondu « non juste gros »… bon ben depuis je me fais plus d’illusion). Là encore, on ne serait plus obligé de faire semblant.

De la même façon, lorsqu’on va mal, on ne peut pas être honnête. On peut montrer un ras le bol passager, une petite déprime mais au fond on sent bien qu’on gave un peu tout le monde quand le malaise perdure. J’aurai tendance à penser, mais ça c’est mon grand cœur, qu’écouter les gens qui vont mal c’est pas marrant mais ça coûte rien. Et que d’un autre coté, quand on va mal, en parler ça aide à aller mieux. Et là encore, ça coûte rien. Sauf qu’on est tellement malhonnête qu’on se force à faire comme si de rien n’était, le mec qui va mal porte un masque et celui qui va bien fait semblant de ne pas voir les fêlures dans le masque. En même temps… glisser un « Tous les jours, j’ai envie de me pendre » entre deux rondelles de saucisson… C’est des coups à ce qu’il y ait quiproquo (ça ferait une bonne pièce rigolote pour le théâtre des deux ânes! (Thierry Lhermite, psychanaliste richissime et amateur de saucisson reçoit le mec déguisé en polnareff dans la pub cetelem qui veut se suicider par pendaison. Thierry Lhermite le confond avec un saucisson, commence alors une belle amitié et moult rebondissements.)). On met à mort petit à petit notre empathie et ça c’est un peu dommage quand même…

Alors oui c’est pas évident d’être honnête. Pas évident d’assumer à 100% sa médiocrité, sa déprime, son manque d’intérêt peut être… Ben oui, on a p’tet pas tous un truc à raconter, moi le premier. Peut être qu’il y a longtemps que j’aurai du arrêter ces billets qui au fond contribuent à me donner plus de consistance que je n’en ai réellement (tout ceci est purement rhétorique, sans moi vous êtes perdu). Mais je pense qu’on vivrait mieux sans ce poids sur nos épaules. On devrait avoir le droit de dire:  » OUI LE MONDE ENTIER NE ME SUCE PAS LA BITE ET ALORS? » parce qu’au fond cette douce médiocrité, elle n’est peut être pas si vilaine après tout. Le succès n’est pas le mètre étalon du bonheur. Jean d’Ormesson,  il s’est contenté de raconter, avec sa petite voix pleine d’une aristocratie dégoulinante et presque malsaine, les turpitudes de sa vie de nobliau et pourtant tout le monde l’adorait. Alors par pitié, cette année soyez honnêtes parce que faire semblant c’est de la merde, ça dégage.

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