Crise de foi

Quand on voit tout ce qui se passe dans le monde, on peut se demander ce qu’on a fait au bon dieu pour mériter ça ! Ils sont d’ailleurs nombreux à tenter d’apaiser le divin courroux. Qui part des prières, qui par des sacrifices, c’est la mode en ce moment, mais rien n’y fait, Dieu fait la sourde oreille. Moi, ça faisait déjà quelques années que je trouvais Dieu un rien capricieux. C’est vrai qu’il était parti de loin et que, comme Macron, il ne devait sa réussite qu’à son travail. Pensez, réussir à motiver des gars pour qu’ils partent dans le désert pendant 40 ans, en leur promettant une terre promise alors que face à lui il y avait les dieux de la mort, de la vie, du jambon beurre et de la bière fraîche… Fallait oser ! Aujourd’hui, le mec se prendrait un procès ça ferait pas un pli ! Mais force est de constater que les Mars en armure, les Zeus en sandalettes et les Toutatis avinés… il n’en a fait qu’une bouchée. Faut avouer que pour se faire apprécier, il avait mis le paquet sur le prophète ! Gout casher, goût halal, goût vin…Il y en avait pour tout le monde! Bref, la recette faisait recette.

Oh, notre relation avait débuté très simplement ! Comme beaucoup, j’avais été séduit par la toute puissance de ce Dieu qui, à défaut de lancer des éclairs avec son cul, revendiquait la création de toute chose ! Après tout pourquoi pas! Ce mec était quand même à l’origine des trois plus gros best sellers de l’humanité… c’est qu’il ne devait pas dire QUE des conneries. C’est donc pieusement, à genoux sous le pourpre des vitraux, que je pris Dieu, et son ostie toute entière, en bouche.

Hélas l’idylle ne dura pas ! Insidieusement le feu sournois du ras le bol brûlait en moi. J’avais tout fait pour l’étouffer mais j’étouffais. J’avais vite trouvé Dieu envahissant. Omnipotent d’accord, mais omniprésent…. Je le sentais là, en permanence, m’observant de ses trois yeux comme un voisin de métro indélicat lisant par dessus mon épaule. Pire, je sentais son regard accusateur quand je m’abandonnais, impénitent, au sybaritisme le plus obscène dans les bras sévères de femmes en cuir ou dans ceux, plus tendres, de quelques légionnaires. Et puis il y avait tous ses caprices! Mange pas ci, fais pas ça… BREF! Comme souvent aujourd’hui, lorsqu’un couple ne se supporte plus, il se sépare. Oh, Dieu a eu beau me menacer d’excommunication, de me promettre l’enfer et le paradis, rien n’y a fait. Tu me croyais plus près de toi mon Dieu mais désolé, moi je ne croyais plus en toi.

 Alors vous allez me dire: « qu’est ce qui te prend aujourd’hui? vla que tu parles a Dieu… ça y est la dépression est enfin là, depuis le temps que t’en parle ». Et bien, pas du tout (et c’est dommage parce que c’est pas comme ça que je me donnerais une image d’auteur maudit (justifiant ainsi ma pauvreté))! Mais pour que vous puissiez comprendre, faut que je vous raconte mon week-end. Ce week-end donc, j’ai lu un essai d’André Brahic (André Brahic, La Science, une ambition française, chez Odile Jacob (lisez le, c’est très bien!)) qui regrettait que la Science ne soit pas plus au cœur de notre société. Son argument majeur c’est de dire que la Science permet d’ouvrir l’horizon des gens, rend plus tolérant et plus conscient des enjeux du monde mais surtout, qu’elle permet de lutter contre la superstition. L’autre point important de l’histoire c’est que les week-end, je ne regarde pas les informations. Je fouille toute la semaine dans la fosse sceptique de l’humanité, s’il y a bien un truc que j’ai gardé de mon aventure avec Dieu, c’est que le week-end, on se détend.

Résultat, lundi matin, alors que j’étais tout pétris de l’optimiste de feu André, j’ai découvert le massacre d’Orlando et sa revendication par Daech (maintenant qu’on sait que le tueur était gay il vont p’tet  faire preuve de tolérance). Mardi, nouveau massacre à Magnanville, nouvelle revendication de Daech. Autant dire que tout le bel optimisme accumulé ce week-end s’est bien vite envolé. Mon dieu, mon dieu, le monde devient fou pouvait on entendre çà et là.  Alors, comme j’avais toujours son adresse, j’ai décidé d’écrire une lettre à Dieu.

Grand Dieu,

Tu ne m’aimes pas et je ne t’aimes plus. Je t’en prie, faisons fi du passé, notre histoire fut trop courte pour que tu t’attardes sur elle. Je n’étais qu’un grain de sable parmi les milliards d’Hommes prêt à t’adorer et je ne peux pas t’en vouloir d’avoir cherché à me remplacer.

Mon très Haut, j’ai constaté que tu redevenais à la mode depuis quelques temps. Un peu comme ce vieux pull qu’on enfile quand on a froid, certains se sont tournés vers toi pour fuir la peur,la misère, souvent les deux. Est ce parce qu’il n’était rien, que tu as choisi de faire n’importe quoi avec eux?

Comment peux tu être à l’origine de tous ces massacres, toi que j’ai connu si tendre! Je te savais capricieux oui, parfois un peu arbitraire mais cela faisait parti de ton charme. Et surtout, à l’époque tu ne manquais pas une occasion de rappeler tes croyants à l’ordre quand ils étaient dans le faux. Aujourd’hui, tel un vieillard libidineux devant une sortie d’école, tu te contentes de regarder, sans rien dire.

Tu sais récemment, j’ai lu un livre (oui j’aime toujours autant lire) d’André Brahic. Il racontait dans son livre qu’en injectant un peu de science partout, on combattrait efficacement l’obscurantisme. Tu devrais le lire tu sais. Le pauvre André n’avait rien contre toi, il se disait juste que si les hommes s’abandonnent moins à la nature ou à toi (mais c’est la même chose dirait Spinoza (jour de bac philo oblige)), ils vivraient plus heureux. Ou en tout cas moins dans la peur. Et il en déduisait, assez judicieusement d’ailleurs, que l’Humanité s’en porterait mieux.

Alors je t’en prie Dieu, fiche nous la paix. Reste niché, à l’abri, dans la conscience de ceux qui ont peur de la mort et cesse de faire parler de toi. Ne craint rien, il y aura toujours des gens pour t’implorer sur leur lit de mort même lorsque nous voyagerons au fin fond de l’espace.

veuillez croire, moi pas.

Bon vous l’aurez compris pas de révélation métaphysique, pas de secret de la vérité et même pas franchement de blagues mais qu’importe je fais ce que je veux et si ça ne vous a pas plus, je m’en cogne. Plutôt que de pointer tels ou tels extrémistes, car il y en a dans toutes les religions, j’ai eu envie de crier contre les dieux, et blasphème absolu je conclurais en disant que les dieux, c’est de la merde, ça dégage.

P.S: ce billet s’inspire d’un billet de Pierre Desproges. Une lettre qu’il avait écrit à Dieu. Je n’ai pas son talent mais j’ose quand même l’hommage. 

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